Anaïs Nin
Petit passage tiré de l’un des journaux d’Anaïs Nin. Seuls ses journaux m’intéressent, car ses récits érotiques ne m’ont jamais beaucoup inspiré d’admiration. Anaïs Nin est un prodige d’intelligence, dotée d’un rare esprit de finesse dans ses journaux. J’aime beaucoup l’idée que la névrose puisse être pensée comme une forme du romantisme moderne…
Ce passage-ci vaut 10 ans de psychanalyse !

Je traduis à la volée un petit fragment de mon extrait :
« Bien des romantiques se sont détruits parce qu’ils ne pouvaient atteindre l’absolu, ni en amour ni dans la création. Ils ne pouvaient l’atteindre parce qu’il était invention. C’était un mythe. Le névrosé agit pareillement. Il se fixe des buts impossibles, des buts imaginaires. Il veut gagner le respect et l’admiration d’un parent qui n’est même plus en vie (en s’adressant à figures qui le symbolisent). Il veut obtenir l’amour du monde en offrant à ce monde quelque chose qu’il ne veut peut-être pas. Il cherchera l’union avec ceux qui sont ses opposés, des relations perverses et antagoniques avec ceux qui se détournent de lui. Il cherchera à conquérir ce qui ne peut l’être. À l’instar du romantique, il est créateur et est capable d’appliquer sa puissance d’invention à l’art, à la science, à l’histoire.
Les patients pleurent lorsqu’ils découvrent qu’ils sont leurs propres bourreaux et non les victimes des autres. Ils pleurent lorsqu’ils découvrent qu’ils sont responsables de leur propre souffrance. »
N. B. : Otto Rank (son ami) était le disciple de Freud et Henry est, bien entendu, Henry Miller (ami et amant d’Anaïs).