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Filomena Cadoret
Je voudrais évoquer aujourd’hui Filomena Cadoret, couturière et poète de langue bretonne. Une figure magnifique, au propre et au figuré, que j’ai rencontrée en écrivant mon étude consacrée à Anatole Le Braz.Qui se souvient encore d’elle ?Deux livres ont paru assez récemment (2017 et 2018) et lui sont consacrés (voir les couvertures jointes).J’avoue être captivée par cette femme. D’abord par son regard, puis par ses mots et, enfin, par sa destinée. La beauté de sa poésie est d’une époque plus héroïque et plus haute, moralement et esthétiquement, que la nôtre — cette dernière est si individualiste sous prétexte d’inclusion et si vulgaire sous couvert de liberté… Chants purs de l’âme.Deux…
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Rushbearing
I. Une église, un lieu et une tradition La plus belle et la plus émouvante église que j’aie jamais visitée de toute mon existence est celle dans laquelle nous avons pénétré au Pays de Galles, l’été dernier : Saint Beuno Church, à Pistyll, sur la péninsule de Llŷn (en gallois, Penrhyn Llŷn), lorsque nous avons rendu visite à mon ami Andrew Birkin. Elle est sise sur la route des pèlerins qui vont à l’île de Bardsey (en gallois, Ynys Enlli). C’est une petite Église médiévale où est encore pratiquée la tradition du rushbearing (ici, rush = jonc + to bear = porter, supporter…), qui consiste à tapisser le sol de…
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Note sur Iolo Morganwg (1747-1826), Mason and Bard
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Fées
RÉENCHANTER LE MONDE L’un de mes champs d’étude est la féerie, et c’est dans cet espace que j’ai rencontré les grands écrivains britanniques qui m’accompagnent depuis presque vingt-cinq ans ; c’est aussi, sans doute, ce qui explique en partie pourquoi, après des études en apparence plus académiques — à savoir un doctorat en philosophie —, je me suis lancée, à un âge où l’on thésaurise plus que l’on ne conquiert, dans de nouvelles études, celles des langues celtiques — essentiellement le vieil et le moyen irlandais, qui est ma langue de spécialité — et de la littérature celtique, notamment bretonne, comme si le compagnonnage de ces écrivains m’avait peu à…
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Marie de France et Chrétien de Troyes
[Frederick Sandys – Morgan le Fay] Parole et silences en creux et au cœur du merveilleux dans deux lais de Marie de France et un roman de Chrétien de Troyes « Prêtez-moi le cœur et l’oreille carla parole se perd si le cœur ne l’entend pas. » « (…) celui qui voudra me comprendre doit me confier son cœur et ses oreilles car je ne veux proférer ni songe, ni fable, ni mensonge ».Yvain ou le Chevalier au Lion Introduction : interstices et porosité entre deux mondes Le merveilleux naît du frottement entre deux mondes, le nôtre et celui qui n’est pas lui, mais ailleurs, quel que soit…
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Finn and the Phantoms
[Illustration from the Fenian Cycle by Arthur Rackham in ten Irish Fairy Tales by James Stephens, 1920] Caílte mac Rónáin of the Fianna once declared: “If there were seven tongues in my head and seven rhetorics of wise men in each tongue, I would not manage to tell half or a third of Fionn’s goodness. For Fionn never refused a person who had but a head to wear something and legs to move.” ( Ó hÓgáin Dáithí, Fionn Mac Cumhaill: Images of the Gaelic Hero, Gill and Macmillan, Dublin, 1988, p. 119.) I. The editions and their manuscripts 1. Introducing Finn and the narrative Fionn (or Find, Finn) mac Cumhaill…
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Introduction à l’œuvre de Dylan Thomas
Dylan Thomas, à Londres, en 1945. Source : Erich Auerbach / Getty Images Entendre les voix de Dylan Thomaset s’halluciner avec ses images « A good poem helps to change the shape and significance of the universe, helps to extend everyone’s knowledge of himself and the world around him. » (THOMAS, Dylan, « On Poetry » in Quite Early One Morning. New York: New Directions, 1954, pp. 192-193.) Un prénom est toujours un destin (1) et peut-être que David John Thomas, son père, l’entendait ainsi lorsqu’il prénomma son fils Dylan, prénom en écho avec un des personnages des Mabinogion. Son très austère et très lettré père, professeur de grammaire, ne…
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Undine geht / Ondine s’en va en guerre…
« Il était un chevalier qui cherchait dans ce monde ce qui n’est pas usé, quotidien, éculé. Il trouva au bord d’un lac une fille appelée Ondine. » (Ondine, Jean Giraudoux) « J’ai un anneau d’algue de rivière qui fut scellé avec le baiser un esprit ; je t’épouserai aux clartés de cette lune d’eau et de miel… » (« Chant de la naïade » in Ballades, légendes et chants populaires de l’Angleterre et de l’Écosse par Walter Scott, Thomas Moore, Campbell et les anciens poètes ; publ. et précédés d’une introd. par A. Loève-Veimars,1825) [1] ***Il y a quatre ans, je découvris le très beau film allemand de Christian Petzold,…