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  • Note sur Iolo Morganwg (1747-1826), Mason and Bard
    par Sur le Pont !
    7 avril 2026
  • Fées
    par Sur le Pont !
    7 avril 2026
    RÉENCHANTER LE MONDE  L’un de mes champs d’étude est la féerie, et c’est dans cet espace que j’ai rencontré les grands écrivains britanniques qui m’accompagnent depuis presque vingt-cinq ans ; c’est aussi, sans doute, ce qui explique en partie pourquoi, après des études en apparence plus académiques — à savoir un doctorat en philosophie —, je me suis lancée, à un âge où l’on thésaurise plus que l’on ne conquiert, dans de nouvelles études, celles des langues celtiques — essentiellement le vieil et le moyen irlandais, qui est ma langue de spécialité — et de la littérature celtique, notamment bretonne, comme si le compagnonnage de ces écrivains m’avait peu à peu reconduite, de manière très instinctive, vers les sources plus anciennes de cet imaginaire, vers ses arrière-plans mythiques, linguistiques et médiévaux ; de là, sans doute, ma passion pour le Moyen Âge, après avoir passé des années dans l’époque victorienne, puis édouardienne.En France, les fées ne sont pas un sujet sérieux, sauf en Bretagne, mais même sous la plume d’un Le Braz, elles me semblent parfois un peu trop lyriques, distantes ou éthérées ; de Shakespeare à Barrie, en passant par George MacDonald, les fées ont, néanmoins, une place de choix dans l’âme de la Bretagne — la grande et la petite. Je ne sais pas si mes compatriotes connaissent la merveilleuse œuvre de Bernard Sleigh (1872-1954). An Ancient Mappe of Fairyland, Newly Discovered and Set Forth (1917), Il s’agit d’une carte qui répertorie et « localise » tous les lieux féeriques de la littérature (https://www.davidrumsey.com/…/RUMSEY~8~1~284920…). Le monde des fées y est étudié sous un microscope en quelque sorte… Cette carte singulière, imprimée en couleur, conservée à la Bibliothèque du Congrès, mesure plus d’un mètre cinquante de long sur une cinquantaine de centimètres de large. On y trouve Humpty Dumpty perché sur son mur, les chevaliers du roi Arthur, les Argonautes, l’île du Jamais Jamais de Peter Pan, Hansel et Gretel, certains personnages de Shakespeare ou d’Andersen, des sirènes… Tous ces êtres, ce peuple dont parlent les comptines, les contes de fées et la mythologie ont trouvé leur foyer sur cette carte. C’est une œuvre sans réel équivalent à cette époque-là. Première mouture de la carte : Carte finale : Fascicule qui accompagnait la carte :   Bernard Sleigh était un illustrateur, un peintre, un maître-verrier mais également un écrivain (il a, notamment, écrit une série de contes pour adultes, The Gates of Horn) et fut le cofondateur, en 1927, de la très sérieuse Fairy Investigation Society (FIS), active avant-guerre, relancée en 1949, puis refondée en ligne en 2013… La FIS avait pour mission la collecte de preuves et d’informations sur l’existence des fées, et Conan Doyle s’y intéressa. La société prospéra jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et, après sa relance de 1949, compta plus tard parmi ses membres Walt Disney.L’admirable C. S. Lewis, qui aurait pu appartenir à cette société (mais pour en être membre, il fallait déclarer croire véritablement aux fées !), écrivit ceci à une Américaine en 1954 : « Merci pour votre lettre du 6, accompagnée du poème, que j’ai lu avec plaisir. Les fées — le peuple des Sidhe (prononcé shi) — font encore l’objet de croyances dans bien des régions d’Irlande, où elles inspirent aussi une vive crainte. J’ai séjourné dans un charmant bungalow du comté de Louth, où l’on disait qu’un bois était hanté par un fantôme et par des fées. Mais c’étaient ces dernières qui tenaient les gens du pays à l’écart. Voilà qui vous donne la juste perspective : un fantôme est beaucoup moins alarmant qu’une fée. Un homme du Donegal a raconté à une personne de ma connaissance que, rentrant chez lui un soir en longeant la plage, il avait vu une femme sortir de la mer, et que “son visage était aussi pâle que l’or”. J’ai vu moi-même le soulier d’un leprechaun, offert à un médecin par un patient reconnaissant. Il avait la longueur — et guère plus que la largeur — de mon index ; il était fait d’un cuir souple, légèrement usé à la semelle.Mais ôtez-vous de l’esprit toute idée de créatures comiques ou charmantes. Elles sont fort craintes et on les désigne comme « le bon peuple », non parce qu’elles sont moralement bonnes, mais afin de s’attirer leurs bonnes grâces. Je n’ai trouvé nulle trace de quiconque croirait, ou aurait jamais cru, en Angleterre ou en Irlande, aux minuscules fées de Shakespeare, qui sont une invention purement littéraire. Les leprechauns sont plus petits que les hommes, mais la plupart des fées sont de taille humaine, certaines même plus grandes. » (notre traduction)C. S. Lewis nous enjoint à définir ce que sont les fées et il ne s’agit certainement pas des fées de Sleigh ni de Doyle ou encore de Barrie, les fées du royaume de l’enfance, les petites fées victoriennes ou édouardiennes. Dans son essai très érudit sur la littérature médiévale et son prolongement dans celle de la Renaissance, The Discarded Image ( = littéralement, l’image mise de côté), il les nomme Longaevi, se référant à Martianus Capella (auteur du Ve siècle après J.-C.).« L’autre choix possible eût été de les appeler Fées. Mais ce mot, terni par les pantomimes et les mauvais livres pour enfants, ornés des pires illustrations, s’avérait être un danger s’il était utilisé comme titre de chapitre. Il pourrait nous inciter à considérer le sujet avec, à l’esprit, quelque représentation moderne et préconçue de la Fée, puis à lire les textes anciens dans cette lumière. Bien évidemment, la bonne méthode est l’inverse : il faut aller aux textes avec un esprit ouvert et apprendre d’eux ce que le mot fée signifiait pour nos ancêtres. » (notre traduction)Le médiévalisme romantique recomposera un imaginaire peuplé de fées, de nains et d’elfes empruntés à des strates diverses — folklore brittonique et gaélique, romance médiévale, traditions anglo-saxonnes et scandinaves — dont une partie sera ensuite remobilisée par le Celtic Revival, la reviviscence celtique.Le propos de Sleigh est plus naïf que celui de quelqu’un de la trempe de C. S. Lewis. Son recueil, The Gates of Horn, se présente comme un ensemble de contes de fées : chaque récit relate la rencontre d’un humain avec une créature féerique dans la pure tradition celtique. Sleigh semble avoir réellement cru aux fées !! Bien que les éditeurs eussent commercialisé le livre comme étant destiné aux enfants, Sleigh l’avait écrit pour un public bien plus âgé : par exemple, un des personnages ingère du peyotl (un type de cactus dont on extrait une drogue hallucinogène — dont Artaud était familier) afin d’acquérir la capacité d’entrevoir le monde des fées…En Grande-Bretagne, la Grande Guerre déplacera la féerie du folklore et de l’esthétique vers une fonction de consolation, d’évasion et de réenchantement du monde. Par exemple, avec Conan Doyle, le déplacement se veut empiriquement vérifiable : l’épisode des photographies de Cottingley prises en 1917 (supercherie bien connue et documentée à l’excès dont fut victime le père de Sherlock Holmes !) et divers articles dont « Fairies Photographed » (décembre 1920) ou « The Evidence for Fairies » (mars 1921) dans The Strand Magazine, puis le livre The Coming of the Fairies (1922) qu’il écrivit à ce sujet montrent comment la fée peut être associée à une croyance plus vaste, visant à rendre l’invisible pensable.    Conan Doyle était depuis longtemps un fervent spirite, avant la mort de son fils, Kingsley (mort des suites de la grippe espagnole, peut-être aussi parce qu’il était déjà très affaibli après avoir été grièvement blessé dans la Somme), mais sa disparition renforça sa conviction. [Portrait spirite d’Arthur Conan Doyle avec la prétendue apparition de son fils Kingsley (1920). Source : Toronto Public Library. Il semble que la photographie ait été prise lors d’une séance avec son ami, William Hope, médium de son état… On peut être médecin, avoir créé un personnage qui incarne la perfection du raisonnement logique, et être sensible à l’extrême au surnaturel et à ses manifestations…] La fée a cessé d’être seulement un motif littéraire : elle incarne l’acceptation du surnaturel, plus vaste que ce seul motif, au sein du pensable ; et Conan Doyle n’est qu’un exemple parmi d’autres révélant cette transformation.Ainsi, entre folklore, médiévalisme et médiévisme, spiritualisme et littérature dite enfantine, la féerie britannique des XIXe et XXe siècles ne relève ni d’une seule tradition ni d’une seule fonction. Elle constitue un lieu de superposition, de survivance et de recomposition. Peut-être est-ce cela, en somme, qui m’y retient depuis si longtemps : non pas le charme superficiel, presque vulgaire parfois, des petites fées, mais la puissance plus ancienne, plus ambiguë et plus inquiétante d’un imaginaire qui n’a jamais entièrement renoncé à réenchanter le monde et à trouver en lui d’autres mondes qui échappent au premier regard.  
  • Le K barré
    par Sur le Pont !
    22 janvier 2026
    La première chose qui m’a étonnée, puis peinée, lorsque je suis devenue bretonne, c’est le constat que peu de Bretons parlaient leur langue et que ceux qui la connaissaient ne s’entendaient pas toujours — dans les deux sens de ce verbe. J’y reviendrai… Aujourd’hui, à l’occasion de la lecture d’un plaisant et fort bien documenté opuscule consacré à ce qui peut apparaître comme une fantaisie typographique, je voudrais parler du K barré. Le K barré est une lettre qui a disparu de la langue bretonne pour des raisons d’uniformisation de la langue justifiées par l’État français. En effet, en 1895, le Conseil d’État va œuvrer pour interdire ce K barré. L’interdiction sera fermement rappelée, soixante ans plus tard, dans le cadre de l’état civil, car ce signe est réputé constituer une « altération manifeste de l’orthographe ». Le K barré est vieux d’au moins cinq siècles et son utilisation sous cette forme (cf. la photographie jointe) va devenir exclusive à la fin du XVIIIe siècle. Le K barré n’est pas étrange aux yeux du lecteur de manuscrits écrits en latin, car il existe en latin médiéval et il abrège les mots « kalendas » (« calendes), « karta » (pour « charta »/« carte ») et « kartula » (pour « chartula »/« petit papier »). À noter que ce K barré existe également en vieux-norrois pour le mot « roi » (« konungr »), par exemple, mais la barre est située en haut et non en bas de la lettre. Page du dictionnaire d’Adriano Cappelli, un dictionnaire des abréviations en latin et en italien, la bible des transcripteurs de manuscrits. Ce K barré présente une ressemblance avec le P barré utilisé par les scribes du moyen-âge comme abréviation de « PER ». En effet, ce K barré est également une abréviation, celle de « KER ». « Ker » provient de « caer » qui, en vieux et moyen breton (cf. le dictionnaire de Léon Fleuriot), mais également en gallois (cf. le dictionnaire GPC), désigne un endroit fortifié puis, à partir du Xe siècle, un hameau. Il est dérivé, selon Fleuriot, de la racine *qagh « saisir, enclore ». D’où le nombre conséquent des localités avec ce préfixe dans toute la Basse-Bretagne. Le préfixe se retrouve également dans une multitude de patronymes. Au XXe siècle, le mot « ker » est quelque peu dévoyé et supplante « ty » / « ti » (la « maison »). « Ty » est la graphie la plus ancienne, même si deux graphies ont coexisté, puisque « ti » est déjà attesté en 1659 par le célèbre père Maunoir, auteur d’un catéchisme en breton, avec dictionnaire grammaire et syntaxe.  « Ti » est la graphie adoptée comme norme aujourd’hui (cf. le dictionnaire de Le Gonidec) pour désigner une maison, mais une demeure plutôt cossue, bourgeoise. La différence entre les deux mots, « ti » et « ker » recouvre partiellement celle de « house » par opposition à « home » en anglais. « Ti » / « Ty » désigne la maison dans le sens matériel, « ker » la maison en tant que lieu de vie, foyer, et peut désigner un ensemble de maisons. Aujourd’hui, « ti+ker » désigne la mairie. Peu à peu, le K barré va disparaître des documents officiels. Cependant, les Bretons résistent (encore de nos jours !) et certains, désireux de faire perdurer leur langue, et ainsi leur culture, ont fait s’adapter l’orthographe des mots commençant par « Ker ». Pour certains noms, la barre va s’intercaler entre le K et la lettre suivante. Elle va se transformer en un slash ou en une apostrophe. Sous sa variante K/ ou K’, cette lettre est toujours vivante. Le K barré devient alors un marqueur identitaire au même titre que le « n tilde », qui a engendré certaines polémiques relatives à la graphie du prénom Fañch (= François en français). Quelques Bretons, dont le patronyme commence par ce K barré, refusent, à juste titre selon moi, de renoncer à cette orthographe. C’est le cas du réalisateur Gustave Ꝃvern (Kervern). À noter que l’on trouve ce K barré dans les patronymes inscrits sur certaines boîtes à crâne de Saint-Pol-de-Léon. Cf. la boîte à crâne à droite de ma photographie jointe : « Huon de Ꝃmadec » = Huon de Kermadec. Une police de caractère onciale (graphie des alphabets latin et grec du IIIe au VIIIe siècles, remplacée par la minuscule caroline au IXe siècle), la KELT UNICODE, prend en compte cette particularité bretonne. LA KB CURVE, de même, et celle-ci imite la typographie ancienne avec cette lettre. Il est également possible de créer un k barré avec un clavier standard sous Windows : à savoir  Alt + 42818 (Ꝃ majuscule) et Alt + 42819 (ꝃ minuscule). N. B. : L’onciale n’a rien de breton, pas plus que la fonte VULCAIN utilisée par les Seiz Breur (« les sept frères », mouvement artistique créé en 1923 par un groupe d’artistes bretons, dont Jeanne Malivel ou René-Yves Creston, inspiré du mouvement britannique Arts and Crafts dont William Morris est un des représentants), mais elle est associée dans l’esprit du grand public à l’écriture bretonne. Librabreizh gère l’ensemble des diacritiques des langues celtiques.    
  • Bibliographie pour l’étude de « langues périmées »
    par Sur le Pont !
    14 janvier 2025
    Ceci est une bibliographie succincte et en construction, une sorte de minuscule « kit de démarrage » pour l’étude de ces trois langues que j’apprends toujours à traduire. Ma « spécialité » est le vieil et le moyen irlandais, qui sont deux langues présentant, à quelques siècles d’intervalle, de grandes différences… Je parle de « langues périmées » de manière presque affectueuse, afin de ne pas utiliser l’adjectif « mortes », car elles sont bel et bien vivantes pour qui s’y intéresse.  En tout état de cause, je vous renvoie à l’excellent site de l’Université du Texas (auquel j’emprunte l’illustration de cette page) pour toutes ces langues et bien d’autres.    Vieil et moyen-irlandais Grammaires : Dottin, Georges., Manuel d’irlandais moyen, 2 vols. (Paris, 1913). Réédition en 1987, avec une introduction du grand spécialiste Pierre-Yves Lambert. La seule grammaire extensive de moyen-irlandais Green, Antony, Old Irish Verbs and Vocabulary (Somerville, 1995) Jackson, Kenneth, Language and History in Early Britain: A Chronological Survey of the Brittonic Languages 1st to 12th c. A.D. (Edinburgh, 1953) McCone, Kim, The Early Irish Verb, Maynooth Monographs 1 (Maynooth, 1987). Quin, E. G., Old-Irish Workbook (Dublin, 1975) Stifter, David, Sengoidelc: Old Irish for Beginners (New York, 2006) Strachan, John et Bergin, Osborn, Old-Irish Paradigms and Selections from the Old-Irish Glosses (Dublin, 1949) Thurneysen, Rudolf, A Grammar of Old Irish, traduction d’ O. Bergin et de D. A. Binchy (Dublin, 1946) Dictionnaire : Dictionary of the Irish Language Based Mainly on Old and Middle Irish Materials (Dublin, 1983) Poésie : Knott, Eleanore, An Introduction to Irish Syllabic Poetry of the Period 1200-1600: With Selections, Notes and Glossary (Cork, 1928) Meyer, Kuno, A Primer of Irish Metrics (Dublin, 1909) Murphy, Gerard, Early Irish Metrics (Dublin, 1961) Revue : Revue celtique, (Paris, 1870-1934)   Moyen-Gallois Grammaire : Evans, D. Simon, A Grammar of Middle Welsh (Dublin, 1964) Ouvrage de référence : Williams, Patricia, Historical Texts form Medieval Wales (Wales, 2012)   Moyen-Breton Grammaires : Fleuriot, Léon, Le vieux breton : éléments d’une grammaire (Paris, 1964)  Trépos, Pierre, Grammaire bretonne (Rennes, 1968) Dictionnaires :  D’Arbois de Jubainville, Henri, Études grammaticales sur les langues celtiques, Tome II : Glossaire moyen-breton, par E. Ernault (Paris, 1897) Ernault, Émile, Dictionnaire étymologique du moyen breton, appendice à l’édition du Mystère de sainte Barbe (Paris, 1884) Fleuriot, Léon, Dictionnaire des gloses du vieux breton (Paris, 1964) Le Pelletier, Dom, Dictionnaire de la langue bretonne (Paris, 1752)   Vieux-norrois    Barnes (Michael P.) &  Faulkes (Anthony),  A New Introduction to Old Norse. 2nd ed. (London, 2002-2004 (3 vols.) [1. Grammar.—2. Reader.—3. Glossary & index of names] Gordon, Eric V.,  An Introduction to Old Norse. 2nd. (Oxford, 1986)   En relation : Pétursson, Magnús, Manuel d’Islandais (Paris, 1996), car l’islandais est une des langues les plus proches du vieux-norrois.  C’est la langue dans laquelle les Eddas, les sagas et les poèmes scaldiques furent écrits au Moyen Âge.    Nota bene : Avant de former les Inklings, J. R. Tolkien et C. S. Lewis se réunissaient déjà autour de leur passion commune : la littérature nordique. De 1926 à 1933, ils animaient le Kolbitar, un cercle de lecture consacré aux sagas islandaises et aux Eddas. Ce nom évoque les anciens conteurs nordiques qui, assis près du feu, semblaient « manger du charbon » tant ils étaient absorbés par leurs récits. Une fois leur exploration des textes nordiques achevée, le groupe s’est dissous, mais l’amitié et les échanges entre Tolkien et Lewis se poursuivirent au sein des Inklings.  Fascinés par la mythologie nordique, Lewis et Tolkien firent des sagas islandaises et des Eddas le creuset de leur inspiration. C’est ainsi que Tolkien donna naissance à la Terre du Milieu, un monde où les langues elfiques, mélanges subtils de gallois (cf. les contes des Mabinogion) et de finnois (cf. le Kalevala), résonnèrent comme des échos des anciennes légendes. La mythologie nordique, et plus particulièrement la figure de Balder (dieu du panthéon de la mythologie nordique), joua un rôle essentiel dans la quête de Lewis pour définir la « joie ». En lisant les vers annonçant la mort du dieu, il éprouva une violente émotion, si puissante qu’elle le transporta  au cœur même des mythes nordiques. Cette « épiphanie » le conduisit à explorer les profondeurs de son âme et à chercher les mots justes pour exprimer cette expérience unique.     
  • Culloden : « une tragédie romantique »
    par Sur le Pont !
    12 janvier 2025
    Images tirées du film de Peter Watkins. Les révoltes jacobites et, en particulier, la bataille de Culloden demeurent une plaie vive dans l’esprit et le cœur des Écossais. Qui visite Culloden — comme ce fut mon cas, en juillet 2009 — ne peut que ressentir la solennité de ce lieu et être frappé par l’atmosphère singulière qui en émane. Il est étrange de songer qu’en une heure le destin de l’Écosse fut scellé en ce lieu bien moins vaste que l’imagination ne me le laissait supposer. Ce qui se joua ici en ce jour d’avril 1746 engendre encore des conséquences de nos jours et nourrit l’imaginaire des Écossais.Étape ultime du génocide, le mémoricide (1) impose un autre type d’effacement comportant une dimension métaphysique ou, pour le moins, ontologique. Le mémoricide peut être défini, selon nous, comme un processus de destruction délibérée de ce qui est à la source de l’identité d’un peuple, à savoir ses us et coutumes, sa religion, sa culture, ses arts, voire ses monuments, etc. C’est, dirions-nous, un « paysage imaginaire et symbolique » qui est alors effacé par les vainqueurs, un paysage barbouillé par le sang et les larmes des martyres de la « Cause perdue ». Au-delà de l’élimination physique des êtres appartenant à un lieu donné (ce qui serait une des définitions possibles du génocide), il s’agit de supprimer radicalement (au sens étymologique de ce mot) toutes les traces d’un passé qui rappelle leur existence en ce lieu et d’interdire, par conséquent, tout prolongement et toutes résurgences ultérieures. Politique de la terre brûlée, phagocytage méticuleux d’une culture ou d’un groupe par un autre, le mémoricide vise l’effacement psychique ; il est la forme ultime du négationnisme, par extinction des souvenirs incarnés et transmis dans des traditions, des symboles ou des œuvres, quand le génocide, lui, se limite à la « simple » disparition physique des êtres. Le mémoricide succède à un génocide pour le parachever et effacer jusqu’à ce dernier ! En effet, ici, le mémoricide porte autant sur les conséquences du génocide (Prohibition Act, Highland Clearances…) que sur le génocide lui-même. Culloden est le nom d’un génocide, mais également — et c’est le paradoxe de Culloden, devenu le lieu de mémoire… du mémoricide ! — de l’échec partiel, sur le long cours, d’une tentative affirmée de mémoricide. Par conséquent, Culloden, lieu sacrificiel, fait aujourd’hui partie du roman national (2), voire nationaliste (3), écossais. C’est peut-être surtout un des chapitres de ce légendaire — qu’il convient de concevoir comme un livre mental rempli d’enluminures à la gloire des personnages et des événements illustres d’une nation et à disposition de cette dernière afin d’en exalter la fierté et le courage, notamment si elle est ou se sent menacée par l’altérité — dont un peuple a besoin pour conserver son identité, même si paradoxalement celle-ci en arrive, par réaction contre un effacement programmé, à avoir partie liée avec la fiction. C’est sur ce retournement du mémoricide sur un génocide que nous aimerions interroger ici, à travers un fait historique traumatisant. I. CULLODEN, UN MOTIF HISTORIQUE JACOBITE Au cœur de l’hiver 1745, l’Angleterre se vit menacée par une invasion inattendue. Une armée rebelle, avec à sa tête le Jeune Prétendant au trône britannique, Charles Edward Stuart, marcha vers le sud pour s’arrêter net à moins de 300 kilomètres de Londres. Des mois durant, l’armée britannique tenta de freiner la progression des forces jacobites que l’on avait sous-estimées. Les jacobites étaient partisans de la restauration du roi catholique James II d’Angleterre (à savoir James VII d’Écosse) et de ses successeurs, James Francis Edward Stuart, dit le « Vieux Prétendant », et de Charles Edward Stuart, connu sous le nom de « Jeune Prétendant » ou, plus poétiquement, de « Bonnie (4) Prince Charlie ». Leur nom vient de « Jacobus », la forme latine de « James ». Lors de la « Glorieuse Révolution » de 1688, James II avait été évincé et remplacé sur les trônes d’Angleterre et d’Écosse par le protestant Guillaume d’Orange (William III) — son neveu — et son épouse Mary, qui était la fille aînée de James II. La reine Anne succéda à Guillaume en 1701 et, à la mort de celle-ci, en 1714, la couronne revint à la maison protestante allemande de Hanovre, excluant ainsi pour la deuxième fois les Stuarts catholiques. Les soulèvements jacobites de 1715 et 1745 furent les réponses les plus tragiques à ces événements-là. Le soulèvement jacobite fut motivé par le mécontentement face à la domination anglaise, aux tensions religieuses et par le désir de nombreux highlanders de restaurer la monarchie des Stuarts en Écosse. La cause jacobite était également soutenue par ceux qui rejetaient le centralisme britannique et la répression culturelle des Highlands. Par conséquent, on était jacobite pour deux raisons essentielles : par principe légitimiste (contre l’usurpation orangiste et hanovrienne) et par nostalgie du temps jadis (5). On l’était également si l’on se sentait faire corps avec un groupe persécuté : clans non presbytériens des Highlands, tenants de l’Église épiscopale d’Écosse… Le jacobistisme n’était pas uniquement écossais ou catholique, et ce, contrairement aux apparences, car les jacobites étaient également, pour une part, protestants — même s’ils étaient partisans de la restauration du roi catholique, James II. Le soutien au mouvement jacobite reflétait des griefs politiques et économiques contre l’Union de 1707 entre l’Écosse et l’Angleterre. Et ce soutien jacobite transcendait facilement les clivages de classe, de variation religieuse ou de sexe (6). La bataille de Culloden, qui eut lieu le 16 avril 1746 et se tint près d’Inverness, fut le théâtre d’un massacre effroyable dont témoignent les tombes commémoratives des divers clans. À Culloden, les forces de Charles Edward Stuart, furent rapidement vaincues par les troupes anglaises du duc de Cumberland. Culloden demeure l’un des événements fondateurs de l’histoire écossaise, incarnant à lui seul la fin de la vieille société des clans (les juridictions héréditaires furent donc abolies) et le début de la transformation de l’Écosse sous la domination anglaise. Elle est la dernière bataille armée sur le sol britannique et l’ultime affrontement majeur du soulèvement jacobite de 1745. Cette défaite signe la fin tragique des espoirs jacobites et le début d’une répression effroyable, sans trêve, contre les highlanders (7). Cette répression visait à « pacifier » les Highlands et à renforcer l’unité britannique, entraînant un effondrement de la culture gaélique écossaise. L’act of attainder (acte de proscription ; l’Angleterre interdit aux Écossais de jouer de la cornemuse, d’enseigner le gaélique (8) …) et les lois qui suivirent (le disarming act, par exemple, qui prolonge la loi de 1715 et interdit les armes aux Écossais) mirent définitivement fin aux révoltes jacobites et affaiblirent considérablement la culture écossaise (promulgation notamment du Dress act de 1746 qui interdit le port du tartan). Cette volonté d’effacer la culture des highlanders et les actes de barbarie des hommes du duc de Cumberland sur le champ de bataille (peu de blessés jacobites furent faits prisonniers, la plupart étant achevés sur place par l’armée du duc de Cumberland qui envoyait des escadrons de la mort pour éliminer les survivants, ce qui lui valut le surnom de « Boucher ») sans oublier la pourchasse sanguinaire des sympathisants jacobites, fut un choc invraisemblable et sera le ferment d’un certain climat nationaliste. Des milliers d’Écossais furent tués ou expatriés. Le traumatisme est encore profond de nos jours et la seule résilience possible réside, vraisemblablement, dans l’usage du légendaire national.En effet, bien des Écossais adhéreront alors à une espèce d’« histoire parallèle » nommée Guid Auld Lang Syne (le bon vieux temps jadis), à savoir un passé mythique tissé de récits héroïques et de légendes anciennes. Cette histoire offrait un cadre flamboyant pour leur identité collective, exprimant leur perception de qui ils étaient, de leur histoire et de leurs aspirations. Cette vision du monde a également alimenté la cause politique jacobite, renforçant son importance au-delà de la simple question de succession royale, pour s’étendre et s’enraciner dans les domaines de l’identité culturelle et de la fierté culturelle nationale (9). Cette expression est notamment associée à une certaine image de l’Écosse traditionnelle avant l’Acte d’Union de 1707 et avant la déposition des Stuarts, période où l’Écosse était indépendante ou en union royale distincte avec l’Angleterre. Ce Guid Auld Lang Syne représente ainsi une sorte de mythe originel pour les Écossais de l’époque. Le jacobitisme ne cesse d’enfanter, encore aujourd’hui, une conscience nationaliste fondée sur la réactivation d’images de cet âge d’or supposé. Cette ranimation romantique et romancée des héros de l’Écosse ou des événements fondateurs est produite par divers arts, notamment littéraires. Le jacobitisme et ses martyrs sont des éléments essentiels de cette romantisation — car il s’agit bien de cela — du passé. Par exemple, par le biais de chansons : l’adaptation et l’invention de chansons jacobites par les sources jacobites et post-jacobites ont joué un rôle essentiel dans la création d’une image de l’Écosse comme « une nation essentiellement celtique », foyer du tartan et de la claymore, et celle d’un peuple opprimé, mais toujours héroïque. Les martyrs et les héros sont les pères du sentiment nationaliste. La chanson est un medium puissant et elle se propage vite et loin. La chanson jacobite était la voix d’une nation sans voix qui a fini par donner sa voix au… romantisme ! Dans le cadre restreint de ce court essai, il n’est pas possible de développer ce point, mais il faut souligner que les grands poètes et écrivains Robert Burns et James Hogg ont retravaillé des paroles et des thèmes préexistants pour leur donner une aura qui a dépassé le contexte de leur création originelle. II. CULLODEN, UN FILM, CELUI DE PETER WATKINS À titre d’exemple d’une réappropriation ou d’une (ré)interprétation possible du motif historique Culloden à une époque plus proche de nous, nous avons choisi, dans ce cadre, de présenter l’œuvre de Peter Watkins , qui fit montre, dans son « documenteur » (11), d’une radicalité artistique peu commune. Culloden est à peu près l’antithèse du film flamboyant de Mel Gibson, Braveheart, pour citer un film commercial ayant connu un grand succès, ou d’Outlander (12), une série contemporaine assez séduisante — en tout cas, elle l’était jusqu’à la saison 3 et elle incorpore à peu près tous les images que l’on retrouverait dans le légendaire de l’Écosse, bien que d’une manière trop romantique et, in fine, plutôt manichéenne. Watkins prit le pari d’estomper les limites des genres du reportage, du documentaire et de la reconstitution historique, en mêlant l’œuvre elle-même et son commentaire réflexif, tout en jouant avec les temporalités discursives et en œuvrant dans une zone aux contours flous et/ou flottants, afin de proposer un autre récit de l’histoire, en opposition directe avec les formes dominantes du film de cinéma ou de télévision (à savoir « le standard » qu’il nomme avec mépris la « monoforme » (13)). Plus généralement, il s’agira de montrer, à travers cet exemple frappant, comment la littérature, le cinéma, la peinture ou la musique ont pu contribuer à construire, à partir d’un traumatisme historique, une image fantasmée d’un des plus violents combats connus par un pays et comment cela continue de produire à l’envi des images qui servent une conscience nationale ou nationaliste. En effet, bien que Culloden soit intellectuellement une des œuvres les plus exigeantes de cette période traumatisante de l’histoire écossaise et, même si le film n’est pas dénué de partis pris, l’œuvre de Peter Watkins mériterait aussi d’être étudiée pour bien d’autres raisons que son intérêt historique.Encore aujourd’hui, l’épopée tragique des jacobites est souvent dépeinte comme celle d’un aventurier, Bonnie Prince Charlie, perçu comme un naïf, voire un hurluberlu, un catholique intégriste et absolutiste, ennemi du progrès, à la tête de troupes de highlanders décrits, eux comme des sauvages ignorants, mal dégrossis et superstitieux. La bataille de Culloden a ainsi été présentée comme la défaite méritée ou logique d’une armée jacobite mal équipée, mal encadrée et assez indisciplinée. La docu-fiction de Peter Watkins de 1964 illustre bien cette interprétation, malheureusement, et ce n’est pas en cela qu’il...

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